Plus de résultats

logo ministère de la culture Elles font la culture

Introduction

Créé en 2024 à l’initiative et avec le soutien du ministère de la Culture, le programme Elles & Cité mis en œuvre par la Cité Internationale des Arts offre chaque année à six femmes photographes une résidence de recherche et de création de trois mois au sein de la Cité internationale des arts. Le programme reçoit également le soutien de la Fondation Neuflize OBC et de l’ADAGP. Destinée à des photographes en milieu de carrière, résidant hors de la région Île-de-France, ce dispositif leur permet de bénéficier d’un temps de création accompagné par un ou une professionnelle du secteur de la photographie et des arts visuels, afin de soutenir le développement de leur pratique et de favoriser un nouvel élan dans leur parcours professionnel. Découvrons les nouvelles lauréates !


À retenir :

Pour la troisième édition du programme Elles & Cité, 88 candidatures ont été reçues. Les six nouvelles lauréates sélectionnées sont Hélène Bellenger, Anne-Laure Boyer, Delphine Gatinois, Julie Hascoët, Marianne Wasowska et Charlotte Yonga. Les résidences se tiennent sur deux périodes : entre avril et juin 2026 et entre septembre et novembre 2026.


En détails

■ HÉLÈNE BELLENGER (Marseille)


© Stefano Marchionini


Encrage est un projet artistique et de recherche centré sur l’histoire intime de la grand-mère maternelle de l’artiste, figure familiale fantomatique, presque médéenne et controversée. À travers l’exploration d’archives familiales, entre Rouen, Düsseldorf et Castiglione Olona, le projet interroge la transmission de la mémoire dans la lignée des femmes, cette "mémoire chimérique" et transgénérationnelle, tout en questionnant les stéréotypes féminins qui façonnent les subjectivités.

L’approche plastique mobilise la galvanotypie, technique d’impression du XIXᵉ siècle en relief sur plaques métalliques, à la frontière de la sculpture et de la photographie, à l’origine des concepts de « cliché » et de « stéréotype ».

Un film hybride prolongera cette démarche, mêlant entretiens familiaux, collaborations scientifiques et documentation de performances, entre enquête et fiction. Encrage devient ainsi une exploration de la mémoire, de sa construction et de sa transmission, tout en questionnant la fabrication des stéréotypes, transformant l’encrage d’une matrice en geste plastique, performatif, critique et politique.


🤝 Entraide

Vous pouvez consulter le dossier de candidature d'Hélène Bellenger en cliquant-ici.


Hélène Bellenger est une artiste française contemporaine dont le travail explore l’économie iconique de la culture visuelle occidentale. À travers la photographie, la collection d’images, l’installation, la performance, le livre d’artiste ou encore le banquet et l’art olfactif, elle interroge le flux continu d’images généré par sa contemporanéité, déconstruisant l’espace politique, technique et culturel du « re » de la représentation.

Adoptant une approche sculpturale de la photographie, elle diversifie les supports d’expérimentation et d’impression afin de se réapproprier des corpus d’images existants. Elle conçoit l’image comme une surface à activer. Les supports d’impression qu’elle utilise nécessitent souvent le mouvement du corps pour en percevoir pleinement les formes : la lecture devient fragmentaire, spatialisée, non linéaire et sensorielle.

Son travail a été exposé dans de nombreuses institutions, notamment au MUCEM – Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille (2024), au Hangar Photo Art Center à Bruxelles (2024), au centre d’art 3 bis F à Aix-en-Provence et au Suttie Art Space en Écosse (2022). Lauréate du Prix de la Jeune Photographie Eurazeo, de l’Aide à la création de la DRAC PACA et du Prix Dior de la Photographie et des Arts Visuels pour Jeunes Talents, elle a également été accueillie en résidence au Centre Photographique d’Île-de-France et à la Fondation Orestiadi (Sicile).


http://www.helenebellenger.com/



■ ANNE-LAURE BOYER (Bordeaux)


© Patxi Beltzaiz


En Espagne, plus de 300 villages ont été ennoyés dans les lacs des barrages hydrauliques après la guerre et jusqu’à nos jours, phénomène massif comme dans aucun autre pays d’Europe (30 villages disparus en France, 4 en Italie, 2 en Suisse, à titre de comparaison). Et il n’existe aucune cartographie, ni inventaire exhaustif de tous ces villages. Un vide de mémoire qui a amené Anne Laure Boyer à trouver ce titre, ATLAS OCULTO et à entreprendre d’en faire la cartographie. De cette enquête au long cours est né un projet qui tisse mémoire, écologie et politique, sous plusieurs formes — film documentaire, installation en céramique, cartographies et performance — et trouve aujourd’hui son aboutissement dans un livre : Atlas des mondes engloutis. Étendu à l’Europe, il ne s’agit pas d’un exercice de géographie au sens strict, mais d’écriture sensible. Un récit polyphonique qui met en écho des paroles d’artistes, chercheurs, habitants, écrivains et activistes. Un atlas de la mémoire, mêlant images, cartographies et fragments de récits, offrant une portée universelle à ces territoires effacés. Une fable écologique qui se loge dans l’envers du monde visible.


🤝 Entraide

Vous pouvez consulter le dossier de candidature d'Anne-Laure Boyer en cliquant-ici.


Anne-Laure Boyer ouvre des passages dans les labyrinthes du temps, en travaillant avec les souvenirs, les récits et l’imaginaire des lieux. Sensible à la question du déplacement, elle a réalisé des créations consacrées à la mémoire des personnes déplacées par des grands travaux, des guerres ou des exils. Ses films, ses dessins, ses installations sont comme des paroles rhizomes, qui disent notre humanité commune à sauver de la destruction. Son travail se déploie sur du temps long, en lien étroit avec des territoires. Née en 1979, elle est diplômée de l’Université Paris 8, puis de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. Basée à Bordeaux depuis 2006, elle a été en résidence à la Casa Velazquez et au Mémorial du Camp de Rivesaltes. Entre 2019 et 2024 elle a réalisé trois importantes commandes d’oeuvres en espace public. En 2025, elle présente son premier film de cinéma documentaire sur les villages engloutis par les barrages en Espagne, avec le soutien du CNC, la région Nouvelle-Aquitaine et TV España.


https://annelaureboyer.com/


■ DELPHINE GATINOIS (Le Puid)


© Delphine Gatinois


Durant cette résidence au sein du programme Elles & Cité, j’aimerais relier trois projets menés dans des temporalités et des contextes différents.

Ils nourrissent plusieurs points communs en s’interessant à des gestes traditionnels.

La première recherche se nomme Passer l’hiver. Initiée en 2021, elle oscille entre le documentaire, la recherche ethnographique et une approche plasticienne. Il existe, dans la vallée de Thann, la tradition des fackels, dont l’origine remonte à des temps lointains: Des édifices en bois haut d’une quinzaine de mètres sont construits puis brûlés le jour le plus proche du solstice d’été. Si cette tradition persiste aussi dans d’autres régions sous le nom de la Saint Jean, elle regroupe dans ces paysages montagneux d’Alsace plusieurs singularités. Des groupes d’une dizaine d’adolescents se consacrent dès le mois de février à perpétuer ce geste. J’ai cherché à comprendre les hors champs de cette tradition dont l’aboutissement, par le feu et la fête, est spectaculaire.

La seconde recherche concerne la joute nautique le long du Rhône. En 2021, lors d’une résidence portée par Stimultania à Givors, je suis partie à la rencontre d’une pratique sportive emblématique du territoire: la joute. Ces questions me sont alors apparues :

- Comment contourner la dimension spectaculaire de certaines pratiques pour chercher à voir ce qu’elles détiennent?

- Faut-il attendre que certains gestes ou actions s’éteignent pour chercher à les (re)voir et en comprendre le sens?

Le troisième projet, parle de la pratique de la chasse.

Qu’il s’agisse de la joute Givordinne, de la célébration du solstice d’été à travers une sculpture en feu ou d’une battue sur un col Vosgien, il m’importe de réfléchir sur comment penser ces sujets et leur faire quitter leurs représentations habituelles.

Au sein de ces trois milieux, majoritairement masculins, la place du père y est centrale. Ces trois projets prolongent des questions sur l’hérédité de nos gestes. Pourquoi et dans quels contextes décider de les prolonger ?

J’aimerais, par la rencontre avec des sociologues et de nouveaux échos entre mes images, aller plus loin dans ce rapport à la transmission, la filiation mais aussi, peut être plus en creux, à la résistance.


De 2022 à 2025 Delphine Gatinois développe Passer l’Hiver, une recherche protéiforme autour d'une tradition alsacienne. Dans la Vallée de Thann, elle travaille avec plusieurs groupes d'adolescents qui perpétuent une tradition liée au feu, au solstice et à leurs environnements. Un premier corpus de ce travail a été exposé à la Filature de Muhlouse en 2025. En parallèle, elle développe Kèmè-Kèmè, un projet entre danse et photographie, comme elle l’avait initié avec La Marchandise du vide, avec lequel elle fut lauréate du prix Mécènes du Sud en 2018. Après l'avoir présenté à Art-o-Rama en 2023, elle continua Kèmè-Kèmè au 3 bis f - Centre d’arts contemporains en 2025. A travers le grand marché de Bamako, elle aborde les questions économiques et politiques actuelles du Mali et de ses pays frontaliers. Ayant longtemps vécu au Mali, ce projet redéploie cette expérience pour la confronter à une actualité vive et urgente à être, sans arrêt, regardée. Elle développe aussi des liens entre photographie et performance dans Boire et marcher , une pérégrination à cheval et à la recherche de l'eau. Dans la vallée du Rabodeau, où elle vit actuellement, elle s'apprête à reprendre, dix ans après le début de ses recherches, un travail sur la chasse. Depuis 2024, elle enseigne la photographie à l'Ecole Supérieure d'Art de Lorraine.


http://www.gatinoisdelphine.fr/


■ JULIE HASCOËT (Brest)


© Mall Skurv


L’objectif de cette résidence est de travailler plus précisément sur des formes installées / scénographiées en vue d’expositions à venir, notamment autour du passage de la photographie au volume, en lien avec mes recherches en cours et notamment dans le cadre d’un projet autour de la ville de Brest.


Julie Hascoët


mène un travail protéiforme qui déborde le cadre strict de la photographie pour embrasser les domaines de l’édition, de l’installation et des pratiques curatoriales. Diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie (Arles, 2012) son regard se porte sur les territoires en marge et les formes générées par leur occupation, mêlant une approche poétique, liée au paysage, à une dimension humaine plus politique. Depuis 2013, elle est co-fondatrice et co-responsable de Zines of the Zone, plateforme itinérante dédiée au livre auto-édité de photographie, dont le champ d’action se situe entre l’archive, l’exposition et l’organisation d’événements (visuels et sonores) générant rencontres et happenings au gré de ses voyages. Depuis son installation à Brest en 2019, elle co-organise des concerts au sein de la scène DIY. En 2021, son travail a été récompensé du Prix international Gabriele Basilico pour la photographie d’architecture et de paysage. Ses différents projets, menés au long cours, ont été publiés dans des recueils monographiques (éditions Autonomes, Poursuite, Filigranes), exposés en France et à l’étranger. 


https://www.experiments.fr/


MARIANNE WASOWSKA (Marseille)




© Carlos Wong


Le projet La chaleur qui nous lie proposé pour cette résidence s'inscrit dans un travail déjà initié auprès de "buscadoras", chercheuses de disparu.e.s mexicaines. Depuis 2006, le Mexique comptabilise plus de 100 000 disparu.e.s; victimes directes ou collatérales du narcotrafic. Face à l'indifférence des pouvoirs publics, les familles (essentiellement des femmes) se sont mobilisées pour retrouver leurs proches - se formant en droit, en médecine légiste, en pilotage de drone ou en sociologie des cartels. L'approche que j'aimerais développer en approfondissement du travail déjà initié avec ces femmes aurait pour but de sortir du cadre strictement documentaire pour construire un autre regard, plus intime et intérieur, sur leur vécu et la façon dont celui-ci les inscrit dans le territoire. En liant les recits des "buscadoras" aux lieux où elles ont trouvé des disparu.e.s, ce projet entend raconter le paysage mexicain et les présences qui le hantent à travers la voix des femmes qui sillonnent inlassablement le pays à la recherche de leurs êtres chers, souvent au peril de leurs vies


Marianne Wasowska s'est formée en anthropologie à Nanterre, puis intègre l'ENSP dont elle sort diplômée en 2014. Elle commence ensuite à travailler pour la presse comme photographe indépendante et photo éditrice. En 2016-2017 elle devient membre artiste de l'Académie de France à Madrid (Casa de Velázquez) et reçoit l'année suivante une bourse de production de la Fondation BilbaoArte pour terminer son projet sur les rêves. En 2021 elle est lauréate de la bourse de soutien à la photographie documentaire du CNAP et de la Howard Buffet Fund for Women Journalists de la IWMF, pour développer deux projets au Mexique. Son travail a été exposé au FotoFestiwal de tódz, aux Boutographies, Circulation(s), Encontros do Imagem de Braga, entre autres. Il a fait l'objet d'expositions individuelles et en duo au Muzeum Emigracji de Gdynia, à PhotoEspaña et à l'Institut Français de Madrid.

Son travail photographique se développe à travers une recherche documentaire d'inspiration anthropologique, le plus souvent sur le long terme, qui place la relation au cour du travail, l'envisageant tant comme problématique que comme sujet. En mettant en dialogue des documents hétérogènes (images d'archive, documents, dessins, enregistrements sonores...) elle cherche à construire des récits polyphoniques qui questionnent la notion d'auteur et ancrent leur structure dans la pluralité des voix qu'ils tissent ensemble. D'autre part elle travaille sur les images mentales et les limites de la perception, en étudiant l'implication du corps dans la formation de l'image - sur la rétine, dans le cerveau, au sein de l'espace d'exposition. Elle utilise la lumière pour concevoir des installations photographiques dans lesquelles l'apparition et la disparition de l'image mobilise les mécanismes perceptifs et cognitifs des visiteurs. Sa pratique s'intéresse aux images pauvres, volées, rétrécies jusqu'à l'abstraction: captures d'écran, déformations numériques, glitches... en les mêlant à des procédés anciens et analogiques qui portent en eux le préjugé indiciel d'une présence physique face au photographié, des materialités hybrides prennent forme.


https://www.mariannewasowska.com/



CHARLOTTE YONGA (Niort)


© Raphaël Goutte



Feu Skoblar explore la vie clandestine de mon père, immigré camerounais arrivé à Paris en 1983 et connu à Château Rouge sous le surnom de « Skoblar ». Après sa mort en 2025, la découverte de sa vie cachée révèle l’écart entre l’image charismatique qu’il construisait et une réalité marquée par la précarité et le silence. À travers les témoignages de sa communauté, le projet enquête sur la fabrication d’une légende personnelle et sur la manière dont les identités migrantes se construisent collectivement.


Née en 1985 en France, Charlotte Yonga est une artiste franco-camerounaise. Son travail explore la construction des identités en s’intéressant aux expériences du déplacement, de l’altérité et des sentiments. Elle interroge les politiques de représentation qui façonnent les relations Nord-Sud. Son approche dramaturgique examine comment les corps, traversés par la force et la vulnérabilité, deviennent des espaces de narration. Depuis 2021, elle développe, à travers la photographie et le dessin, une recherche centrée sur les liens interpersonnels et les émotions, envisagés comme stratégies sensibles de libération. Diplômée de l’ENSAPC, elle a exposé notamment à Paris Photo, Art-O-Rama, Landskrona Photo et LagosPhoto.


https://www.charlotteyonga.com/


Sources

https://www.citeinternationaledesarts.fr/programme-de-residence/elles-cite/

Autrices, Auteurs

Ericka Weidmann