Introduction
La neuvième édition du festival Les Femmes s'exposent d'Houlgate a dévoilé son palmarès, récompensant trois nouvelles lauréates. Fiona Forte remporte le Prix SAIF × Les Femmes s'exposent avec sa série « Un soleil d'or à la tombée de la nuit ». Marie Genel est la lauréate du Prix Fujifilm × Les Femmes s'exposent avec sa série « Recto-Verso », autour des pratiques métier et passion, un projet réalisé à Dunkerque dans le cadre d'une résidence artistique. Enfin, Valentina Sinis a été distinguée par le jury pour la bourse de création émergente, pour son projet documentaire consacré aux brebus, rituels de guérison traditionnels sardes, transmis exclusivement de femme en femme depuis des générations.
À retenir :
Normandie
En détails
Présentation des lauréates
© Fiona Forte. « Un soleil d’or à la tombée de la nuit » / PRIX SAIF x Les femmes s’exposent 2026
PRIX SAIF x Les femmes s’exposent : Fiona Forte « Un soleil d’or à la tombée de la nuit »
Au Sítio Ágatha, dans le Pernambuco, au Brésil, Luiza, Nzinga et Agatha, trois générations de femmes de la famille Cavalcante, vivent depuis 2006 sur des terres où leur ancêtre fut réduite en esclavage. Huit années de lutte ont été nécessaires pour obtenir ces terres, aux côtés de 300 familles paysannes. Elles militent depuis pour une justice sociale et environnementale à travers l’afroécologie, une pratique liée aux savoirs afro-brésiliens et indigènes, où le rapport au vivant engage autant le spirituel et le politique. Les divinités Orixás, issues des cosmologies yoruba et présentes dans les religions afro-diasporiques, imprègnent le sacré et le profane. Ici, la terre, l’eau, l’air et le feu s’entrelacent dans un rituel de régénération. Dans cet espace habité d’êtres et de récits, l’invisible façonne le visible, entre mémoire et devenir, entre ce qui fut et ce qui sera. Le Sítio Ágatha a été pour moi un espace d’accueil et de déplacement : dans ma manière de regarder, de comprendre et de me situer. J’y ai tenu un journal, archive de cette expérience et fragment de l’histoire de la famille de Luiza, où mes archives personnelles entrent en relation avec celles de leur lutte.
Prix Fujifilm x Les femmes s’exposent : Marie Genel « Recto-Verso »
Qu’est-ce qui nous définit le mieux ? La manière dont nous gagnons notre vie ou celle qui nous anime et nous sublime ? Photographié·e·s sur leur lieu de travail, ces hommes et femmes ont modifié un ou deux éléments de leur réalité professionnelle, tantôt une posture, tantôt un outil, un vêtement ou un accessoire faisant écho à leur passion. En créant ainsi des scènes décalées et surréalistes, chacun·e s’est finalement révélé·e dans sa propre vérité, avec souvent beaucoup d’émotion. Lors de cette série, réalisée à Dunkerque, j’ai constaté que seules 3 femmes pour 15 hommes avaient répondu à mon appel à participation. Cela interroge la place que les femmes s’autorisent à donner à leurs passions et à leurs loisirs, surtout après avoir fondé une famille. Dix ans après, j’ai le projet de renouveler l’expérience avec un projet inversé, en partant des pratiques personnelles et en particulier celles des femmes.
Bourse de création émergente Valentina Sinis « Les brebus : la parole vivante ».
En Sardaigne, d’anciens rituels de guérison fondés sur le pouvoir des mots prononcés sont encore pratiqués aujourd’hui. Connues sous le nom de brebus, ces formules verbales sont censées guérir les maladies, lever les malédictions et protéger les individus du mal. Plus que de simples incantations, elles constituent une forme de savoir traditionnel transmis oralement de génération en génération.
En sarde, « brebu » signifie « mot », mais désigne également un mot actif capable de produire des effets concrets. Les praticiens font la distinction entre les prières et les brebus : les prières sollicitent l’intervention divine, tandis que les brebus sont des mots opératoires récités avec des gestes et des enchaînements précis. Les femmes jouent un rôle fondamental dans la préservation de cette tradition.
Dans de nombreuses communautés sardes, les femmes âgées deviennent les gardiennes des brebus, agissant en tant que guérisseuses informelles sur lesquelles on compte pour les soins et la protection. Ce projet photographique documentera la présence contemporaine des brebus à travers des rencontres avec les femmes qui continuent de les pratiquer aujourd’hui.
Ce travail examinera comment une croyance ancestrale continue de façonner la vie quotidienne en Sardaigne.
Grâce à cette bourse, elle pourra développer son travail documentaire et sera exposée lors de l’édition 2027 du festival.
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Autrices, Auteurs
Ericka Weidmann






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